
Un bon moment ensemble, est-ce que ça change vraiment quelque chose ?
C'est la question que l'on nous pose, et que nous nous posons nous-mêmes. Alors nous avons interrogé notre communauté en 2020 et en 2024, et relu les retours d'atelier écrits par celles et ceux qui les ont animés. Voici ce que nous avons appris, y compris ce que nous ne savons pas encore.
Sources : Guide Ecofrugal 2025 et Observatoire des porteurs de solutions 2020. Résultats déclaratifs.
Le changement se fait en trois temps
Personne ne change de vie en sortant d'un atelier. Ce que nous observons ressemble plutôt à un voyage par paliers, où chacun avance selon ses contraintes et ses envies.

1. Découvrir
66 % des participants découvrent de nouvelles pratiques (Observatoire 2020). Y compris ceux qui se croyaient déjà très avancés : les retours d'atelier le répètent d'année en année. Exemples : une adresse de réparateur, un marché de producteurs, une astuce de cuisine. Un groupe a ainsi appris que la tige du brocoli se mange très bien, une fois pelée.
2. Se motiver
C'est ici que le mur de verre tombe. 77 % des personnes peu engagées pour l'écologie voient leur motivation grandir après ce moment de partage (Observatoire 2020). Et celles qui agissent déjà y trouvent autre chose : elles se rendent compte de tout ce qu'elles faisaient sans le savoir, ou sans oser le dire, et repartent avec un nouvel élan.
« Quand on n'a jamais essayé, cela paraît carrément compliqué, les témoignages des collègues montrent que c'est possible. »Emmanuelle, Orange
3. Mettre en pratique
57 % des participants adoptent de nouvelles pratiques dans leur vie privée. Cela commence souvent petit : dans une équipe, le premier défi commun a été de remplacer le liquide vaisselle par du savon de Marseille. À la fin de l'atelier, chacun note ses pistes sur une to-do list, qu'un groupe a joliment rebaptisée wish list. Et une fois l'habitude prise, revenir en arrière est rare : c'est l'effet cliquet.
« On a fabriqué un puissance 4 pour l'anniversaire d'un petit copain de notre fille (6 ans) : avec du bois de récup', les outils que nous avions et des restes de peintures. 0 achats, 100 % récup' ! »Aline
Pourquoi cela marche
Trois mécanismes sont à l'œuvre. L'intelligence collective : à plusieurs, on trouve et on décide ce que l'on n'aurait pas fait seul. Le mimétisme social : on adopte plus facilement ce que l'on voit faire par quelqu'un qui nous ressemble. La recherche de cohérence : on veut vivre selon ses valeurs, à la maison comme au travail. Et surtout, celui qui raconte n'a rien à vendre. Il parle de ce qu'il a testé chez lui, et c'est pour cela qu'on le croit.
De la maison au bureau, et retour
La gourde, le vélo, le troc, la chasse au gaspillage : ces pratiques ne s'arrêtent pas à la porte du bureau. 43 % des participants en adoptent aussi au travail, et ils sont 55 % lorsque l'atelier a lieu en entreprise (Observatoire 2020).
Nous ne nous y attendions pas, mais le travail est devenu un véritable tiers-lieu de la transition. Il est souvent plus simple d'y réunir une dizaine de personnes qu'à la maison, et l'heure du déjeuner s'y prête très bien.

Cela marche dans les deux sens : 40 % adoptent au travail des pratiques découvertes ailleurs, et 55 % adoptent chez eux des pratiques découvertes au travail (Observatoire 2020). Le sociologue Gaëtan Brisepierre, avec qui nous avons souvent pris la parole, a un joli mot pour ces personnes : « les transféreurs », des salariés qui importent au travail leurs pratiques de la maison et cherchent à les diffuser. Leur moteur est simple. 78 % de ceux qui changent leurs pratiques au travail veulent aligner leurs valeurs personnelles et professionnelles (Observatoire 2020).
Ils passent souvent sous le radar, car « on ne crie pas sur tous les toits que l'on est écolo au travail ». Mais il y a des signes qui ne trompent pas : venir à vélo, apporter sa gamelle le midi, avoir un mug ou une gourde. L'atelier leur donne un cadre pour se reconnaître et agir ensemble.
« Je me suis pris au jeu d'en parler autant au travail qu'à la maison, avec les amis. »Eric, Ambassadeur
Il y a aussi ce que les chiffres ne disent pas. Autour de la table, il n'y a ni chef ni expert : chacun apprend et transmet à la fois, et les services se mélangent. Plusieurs Ambassadrices racontent avoir découvert leurs collègues sous un autre angle.
« J'ai rencontré des gens hyper intéressants. Ça faisait 6 mois que l'on travaillait à côté, je ne les avais même pas vus. Cela a créé du lien. »Témoignage, Observatoire 2020
« Je trouve que ces échanges renforcent la cohésion d'une équipe et la bonne entente sur des thèmes sur lesquels, me semble-t-il, tout le monde peut potentiellement être intéressé. »Florence, Ambassadrice
Ce que l'on y gagne, en plus de l'écologie
Chez Orange, Emmanuelle observe que les pistes échangées sont « aussi bonnes pour notre qualité de vie au travail mais aussi notre porte-monnaie et les finances de l'entreprise ». Gaëtan Brisepierre relève les mêmes effets : un mieux-être au travail, une attractivité pour les plus jeunes, plus de transversalité et de convivialité dans les équipes.
« Organiser ou prendre part à un atelier, c'est gratifiant et cela participe à la fierté de travailler chez Orange ! »Emmanuelle, Orange
Quand l'atelier est fini, l'histoire continue
33 % des participants souhaitent devenir Ambassadeur à leur tour (Observatoire 2020), et 42 % des participants en entreprise ont contribué à une action collective avec leurs collègues. Concrètement, cela donne ceci.

- Chez Orange, plus de 1 800 collaborateurs de la direction Entreprises France, soit 20 % de ses effectifs, ont pris part aux ateliers, et des participants ont créé une communauté Ecofrugal pour prolonger l'expérience. Tout a commencé par une directrice qui s'est lancée seule, sans avoir ressenti le besoin d'assister au préalable à un atelier. Elle les présente en interne comme des « ateliers tupperware ».
- À Quimper Bretagne Occidentale, près de 250 cadres se sont réunis en 2025 lors d'un Atelier Ecofrugal XXL. Parmi les idées remontées : un apéro compost entre collègues, une journée sans courriel pour aller se voir d'un service à l'autre, une plateforme de covoiturage, et même une Maison de l'environnement.
- Chez Bpifrance, près de 350 collaborateurs ont pris part aux ateliers. Son rapport développement durable 2020 indique que les collaborateurs s'impliquent dans l'évolution des pratiques internes, notamment « en participant à des ateliers de type Ecofrugal ». Dans le cadre de son Plan Climat, des collaborateurs ont aussi porté des propositions concrètes au sein d'un groupe de travail auprès du Comex.
- Dans une université, un atelier à l'heure du déjeuner a donné à une participante l'idée d'ouvrir un espace en ligne pour continuer à échanger recettes et astuces. Le service chargé de la vie du campus s'y est intéressé.
- Dans un syndicat de collecte des déchets, en Isère, l'équipe s'est retrouvée pour un second rendez-vous autour de la couture : lingettes lavables et sacs à vrac en tissus de récupération. Chacune s'est ensuite engagée à aller parler des emballages durables à son commerçant préféré.
- Entre amies à Montgeron, un seul atelier en a fait naître trois autres : savon, shampoing solide et dentifrice, crème pour le corps.
- Entre voisins à Antony, le zéro déchet a été suivi d'un atelier sur l'alimentation, et l'on se prête désormais du matériel sur un groupe WhatsApp.
Beaucoup de ces actions sont faciles à lancer : une boîte à dons, une ludothèque, un Repair Café. D'autres ont besoin de la direction : remplacer les machines à café à capsules, réduire le gaspillage à la cantine, proposer un menu végétarien.

« Une des idées clés qui est sortie, c'est que nous allions mutualiser des achats afin de pouvoir réaliser des produits cosmétiques et détergents en commun. C'est très concret, et au moins, nous profiterons de l'expérience de chacun. »Berthille, Ambassadrice, après un atelier zéro déchet au travail
« On a installé un composteur avec mes collègues. »Juliette
« On a réouvert le bac à compost au pied de mon immeuble. »Sonia
Et tout cela se passe là où l'on peut s'asseoir ensemble : sur la terrasse d'un bar-brasserie près de Chambéry, à la médiathèque de Guyancourt, dans une auberge de jeunesse à Pontarlier, au jardin partagé d'une régie de quartier à Paris, en plein bois, et jusqu'à Menlo Park, en Californie. Un groupe réunissait même 20 personnes de 7 à 77 ans.
Nos kits circulent aussi bien au-delà des ateliers que nous voyons. La CFDT les propose à ses élus pour les sensibiliser, aux côtés de la Fresque du climat, et une feuille de route de l'ADEME destinée aux collectivités cite nos ateliers parmi les outils en libre accès pour fédérer et mobiliser.
« Toutes les micro-solutions évoquées par les participants lors des ateliers sont autant de micro-récits qui esquissent le chemin de la transition écologique. »Emmanuelle, Orange
Ce que nous disent les salariées engagées
Sur le terrain, ce sont majoritairement des femmes qui embarquent leurs collègues et leurs proches. Osons le dire : ce sont les forces vives de la transition. En 2024, nous les avons interrogées. Elles ne représentent pas tous les salariés, puisqu'elles agissent déjà. C'est justement ce qui rend leur regard précieux pour une direction.
Source : enquête sur les femmes salariées engagées pour la transition écologique, Ecofrugal, 2024.

Leurs plus grandes fiertés sont très concrètes : une poubelle de compost pour le café, des boîtes réutilisables pour les plats à emporter du midi, des événements désormais 100 % végétariens.
« J'ai contribué à convaincre notre directeur de ne pas tondre la pelouse à ras. Les fleurs de trèfles sont foisonnantes et les pollinisateurs adorent ! »Témoignage, enquête 2024
« J'ai converti des étagères pour y mettre de la vaisselle partagée pour le café, le repas du midi ou un pot de départ. »Témoignage, enquête 2024
Ce que nous en retenons pour les directions
- Consultez celles et ceux qui veulent agir, et revenez vers eux avec des réponses. Les salariés sont souvent les mieux placés pour repérer les sources de gâchis.
- Formez toutes les équipes avec une pédagogie ludique et participative, en commençant par la direction.
- Donnez des moyens aux communautés de salariés engagés : du temps, une cagnotte, de la liberté d'action, de la reconnaissance. Un groupe dédié à la transition écologique au sein du CSE peut aussi fluidifier le dialogue.
- Soyez patients. Répétez les ateliers et les messages, et valorisez les micro-actions : « cela infusera de bas en haut et finira par atteindre aussi la direction », assure Emmanuelle.
- Restez sincères. Si vous avez supprimé les gobelets en plastique, dites aussi le chemin qu'il reste à parcourir. Personne ne vous demande d'être exemplaire, seulement d'afficher vos objectifs et de vous donner les moyens de les atteindre.
« Vis-à-vis de l'extérieur, c'est aussi la preuve de nos engagements qu'on nous demande de plus en plus d'expliciter. Par exemple, lors d'un appel d'offre, nous pouvons répondre que plus de 1 800 collaborateurs de notre entité, soit 20 % de nos effectifs, ont déjà pris part aux ateliers. »Emmanuelle, Orange
Comment nous mesurons, et ce que nous ne savons pas
Nos chiffres viennent de ce que les personnes nous disent. Voici d'où ils sortent.
- Observatoire des porteurs de solutions, 2020 : enquête menée du 25 mars au 15 avril 2020 auprès d'une communauté d'environ 3 000 personnes, à lire en 5 articles sur LinkedIn.
- Enquête sur les femmes salariées engagées, juillet 2024 : 8 214 envois, 143 réponses, dont 88 de salariés. Pour recevoir l'étude complète, écrivez-nous à team@monatelier-ecofrugal.fr.
- Les retours d'atelier publiés sur notre site entre 2018 et 2025.
- Les entretiens publiés sur ecofrugal.fr :le retour d'expérience d'Orange, l'entretien avec Gaëtan Brisepierre, l'échange avec la CFDT.
Ces résultats ont leurs limites, et nous préférons vous les dire.
- Ce sont des déclarations, pas des mesures. Nous n'avons pas suivi les mêmes personnes avant et après l'atelier, et nous ne savons pas dire combien de CO2 un atelier permet d'éviter.
- Ceux qui répondent sont volontaires, donc souvent les plus convaincus.
- Essayer n'est pas adopter. 62 % de ceux qui essaient n'adoptent pas tout : il faut convaincre son foyer, trouver une offre accessible, avoir le temps (Observatoire 2020).
- Tous les ateliers n'ont pas lieu. Certains sont annulés faute d'inscrits, et en 2020, 73 % des Ambassadeurs n'avaient pas encore animé, par manque de temps ou par peur de ne pas être légitimes.
« Par faute de temps, je n'ai pas libéré un créneau pour organiser l'atelier. J'ai peur de ne pas être à la hauteur en animation [...] alors que j'ai vraiment envie de faire ces ateliers dans mon entourage professionnel comme personnel. »Camille
- Un atelier ne remplace pas une stratégie. Il ouvre la conversation et révèle celles et ceux qui veulent agir. La suite dépend des moyens que l'organisation y consacre, et un frein revient régulièrement : le manque d'écoute de la direction.
« Nos actions du quotidien ne suffiront pas, à elles seules, à résoudre les grands problèmes environnementaux. Mais elles peuvent nous aider à mieux vivre cette époque. [...] On ne changera peut-être pas le monde demain matin. Mais on peut déjà changer quelque chose aujourd'hui. »Philippe, fondateur d'Ecofrugal
Le meilleur moyen de vous faire une idée reste d'essayer.




